Les migrations internes en Algérie – Histoire et actualité

Type de projet : Projets d'établissement (PE)
Thématique : Harga et migrations
Résumé

Ce projet de recherche porte sur les migrations internes en Algérie et s’inscrit dans le champ « Savoirs historiques, mémoires et pouvoirs », notamment dans l’axe de la démographie historique, tout en adoptant une approche pluridisciplinaire mobilisant l’histoire, la sociologie et l’anthropologie. L’objectif est d’étudier ces migrations à la fois durant la période coloniale (XIXᵉ siècle) et dans la période postindépendance, afin de mieux comprendre leurs dynamiques et leurs évolutions.

La problématique part du constat qu’au CRASC et plus largement dans la recherche en Algérie, les études sur les migrations se concentrent majoritairement sur les migrations internationales, tandis que les migrations internes restent peu étudiées. Les projets de recherche, manifestations scientifiques et publications existantes portent principalement sur l’émigration vers l’étranger (diaspora, mobilité des compétences, migrations en Méditerranée, etc.), alors que les travaux consacrés aux mobilités internes sont rares et dispersés.

Ce manque de recherches et de publications révèle un déficit de connaissances sur les migrations internes en Algérie. Le projet vise donc à combler cette lacune en s’interrogeant sur :

l’état des recherches existantes sur les migrations internes en Algérie ;

les tendances historiques de ces mobilités durant les périodes coloniale et postcoloniale ;

les dynamiques locales et les trajectoires migratoires à l’échelle microsociale ;

la possibilité de dégager un modèle explicatif des migrations internes, comparable au modèle des « trois âges de l’émigration » élaboré par le sociologue Abdelmalek Sayad.

Ainsi, ce projet ambitionne de structurer un champ de recherche encore peu exploré et de contribuer à une meilleure compréhension des transformations démographiques et sociales liées aux migrations internes en Algérie.

Problématique

Ce nouveau projet d’établissement sur « les migrations internes en Algérie » s’inscrit dans le champ de recherche: « Savoirs historiques, mémoires et pouvoirs » (Division « socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire »), particulièrement dans le sous-champ sur « la démographie historique », avec un élargissement à d’autres disciplines. En effet, nous envisageons d’approcher ces migrations internes non seulement par la démographie historique et durant la période du 19ème siècle, mais en mobilisant aussi les outils de l’histoire, de la sociologie et de l’anthropologie comme autres moyens d’investigation, et traitant également ces migrations dans la période postindépendance de l’Algérie.

Mais ce que nous avons constaté d’abord dans les recherches sur les migrations au CRASC, d’ailleurs comme le champ des études migratoires en Algérie généralement, est la dominance des problématiques liées aux migrations externes. Par exemple, plusieurs projets d’établissement ont été réalisés et qui traitaient tous des sujets de migrations et de mobilité vers l’étranger : «Migrations internationales en Algérie dans la période contemporaine », « Expériences migratoires en Algérie contemporaine : recherche selon la perspective d’Abdelmalek Sayad », « Les personnes âgées entre les deux rives de la Méditerranée », « Transmission des langues et de la langue-culture d’origine (LCO) au sein des familles de migrants algériens en France, entre défis culturels et réussite socioprofessionnelle », « L’émigration des compétences algériennes – cas des médecins ».

Les manifestations scientifiques suivaient aussi cette tendance. Séminaires, conférences, tables rondes, journées d’études et colloques internationaux abondent au CRASC, mais abordent presque exclusivement des thématiques liées aux migrations externes. Nous pouvons citer, entre autres, la conférence sur la Fédération de France du FLN (2012), la journée d’études sur le IVème centenaire du décret d’expulsion des Morisques d’Espagne 1609 - 2009 (2010), les deux tables rondes sur les nouveaux modèles migratoires en Méditerranée et sur l’état de la recherche sur les mobilités Nord-Sud (2014), le colloque international sur le football, médias et migrations (2014) ou la conférence sur la Fuite des cerveaux et la mobilité des compétences (2016).

Quant aux publications au CRASC, il n’y a pas une publication dédiée exclusivement aux questions de migrations internes en Algérie et les rares travaux publiés sont éparpillés dans des ouvrages ou dans la revue Insaniyat. Nous pouvons évoquer à titre d’exemples les articles sur la migration féminine vers la ville de Bejaïa[1] ou les migrations de l’Aurès et de la Kabylie vers Constantine[2]. D’ailleurs, cette pénurie de publications est parmi les motivations fortes pour réaliser ce nouveau projet de recherche.

Il y a donc bel et bien un déficit de connaissances, au moins au CRASC, sur les migrations internes en Algérie. Les questions légitimes qu’on peut se poser à leur égard sont les suivantes : qu’est-ce qu’on a produit comme recherches dans les différents centres de recherche, dans les universités, et ailleurs, sur les migrations internes ? Sur le plan des données, quelles étaient les tendances de ces migrations à travers l’histoire coloniale et postcoloniale ? Et sur le plan microscopique, comment s’est produit et évolué ce type de migrations au niveau local ? Peut-on dégager un modèle de migration interne à l’instar du modèle des trois âges de l’émigration élaboré par le sociologue Abdelmalek Sayad ? Voici quelques-unes des questions qu’on tente de traiter dans ce nouveau projet.

[1] Massika LANANE, « La migration féminine entre émergence et limite d’études – Cas de la Wilaya de Bejaïa », in : Sidi Mohammed MOHAMMEDI (dir.), Abdelmalek Sayad, migrations et mondialisation, ed. CRASC, 2014, pp. 263-272.

[2] Khadidja ADEL et Nadia BELHOCINE-MESSACI, « Migrations et stratégies d’intégration dans la ville de Constantine – Trajectoires familiales (Aurès, Kabylie) », revue Insaniyat, n° 16, 2002, pp. 117-133.

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